Hawaii 2016…Ca passe encore pas….!! par Olivier Journaux

 

Cette édition était ma troisième participation là bas, en fait mon 6eme Ironman !

Je l’avais couru en 2013, année ou j’avais réalisé un 9h42, résultat qui m’avait déçu à l’époque car j’avais subi un marathon extrêmement difficile en 3h42, mais un parcours nat-vélo finalement à peu prés à ma valeur à l’époque (malgré une pénalité très injustifiée,,,bref je ne reviens pas là dessus),,,,2014, je reviens prendre ma revanche sur la course et là, c’est la cata, douleurs intenables dans les fessiers, ischions des le 70eme kms vélo, je finis un pénible 11h13 avec un marathon calvaire en 4h55….Pas question de finir là dessus, je retente l’opération cette année avec une belle qualif, 3ème à l’Europe de Frankfurt en 9h27 en juillet dernier, la décision de partir 10 jours avant la course pour améliorer mes chances d’acclimatation et donc de résultat

Sur place, les voyants sont globalement au vert, je cours chaque jour en fin d’après midi, mes puls ne montent pas plus que ça, je me sens bien, j’ai d’excellentes sensations dans l’eau (normal, j’ai plutôt nagé régulièrement cette année, ce qui n’était pas le cas les dernières fois)…

Juste une petite gène niveau des fessiers-ischions des que je passe plus d’une heure assis (ordinateur, voiture,,,etc), rien de bien changeant, cela fait maintenant 5 ans que c’est comme ça, et je ne m’en sors pas même si je ne m’entraîne pas….

Les trois derniers matins, je passe une heure avec les ostéos de l’organisation qui me font du bien, je suis serein mais….avec ces douleurs qui persistent et vont et viennent, je sais que j’ai toujours cette épée de Damoclès qui plane au dessus de ma tête (d’autant plus sur une course longue)….

Sur la dernière semaine, mes compagnons de chambrée et moi même choisissons de vivre tôt le matin, réveil entre 4h30 et 5h00 chaque jour, et coucher tot (20h30 max), l’idée étant de prendre le bon rythme pour le dernier matin, lever 3h30 !!! …Ainsi que profiter des heures fraîches du matin !

Alors, Oui, la vie sur place a été agréable à vivre, avec tous les « à-cotés » comme l’underpant run, les sorties natation en mer….etc, mais cette année, je suis vraiment là pour LA course et pas en vacances, je suis très motivé, je me sens conquérant, battant, et prêt à me rentrer dedans comme jamais  car pour moi, c’est la dernière !!

Samedi matin, réveil 3h30, j’ai fait une bonne nuit, réveil sans réveil, tout de suite la pêche et un peu d’appétit, café, tartines, œufs au plat, jus de fruits….Comme d’habitude !!

Départ sur zone, 1,5 kms en marchant pour rejoindre le parc à vélo, on y est le jour se lève gentiment, qqs selfies avec des « vieux potes » comme Stéphane Métais ou encore Arnaud Bouvier…Mais pas de soucis, je suis concentré, toujours bien dedans et à aucun instant spectateur de quoi que ce soit !!, ferment décidé à prendre ma part du combat !…Départ à 6h25 des pros homme, puis les femmes pros, ensuite, on se met à l’eau, je suis parmi les premiers en place sur la ligne de départ à 20m du mur ou se trouve le chronomètre et le canon, départ dans 17′, je suis devant, quelques gars bousculent un peu mais bon, je surveille et cherche pourquoi pas une autre zone ou les gars peuvent être moins agressifs, finalement je me décale à 5m sur ma droite encore plus prêt du mur, les gars semblent moins en pointe, le tout est de trouver une zone on peut exercer son autorité (ahaha) plutôt que de se frotter à trop de leaders à la foi !!

C’est un bon choix, au top départ, je suis largement dégagé, j’ai une sensation de vitesse et de force parfaite, bien sur pas mal de nageurs me prennent de vitesse assez rapidement mais je suis bien, essoufflement « 0 », c’est Facile !!… Passage de la première bouée à 200m, petit resserrement, ça bouscule un peu, passage au dessus des jambes d’un athlète en « dorsal » et c’est reparti, ensuite, aucun soucis, très peu de nageurs me doublent en tout cas, j’ai cette impression de tenir mon rang facilement, bonne vision globale du plan d’eau, je pense que j’optimise mon parcours.

D’ habitude ici, au bout de 1500m , je rétrograde, là, ce n’est pas le cas, je maintiens, seuls les 1000 derniers mètres , je vais perdre…5-6 places, donc Thomas Marin qui nage bord a bord avec moi pendant 200m, je le reconnais car on a la même swimsuit Kiwami (à manche lycra verte), entre parenthèse excellente !! Sortie de l’eau dans un état de fraîcheur incroyable, je n’avais plus connu ça depuis mon arrêt de la discipline en 1996 !!…Je me dis là que je tiens la forme optimale !! Que le vélo va passer comme une fleur !!

Sortie en 53’30, c’est excellent (sans doute une distance tronquée de 150-200m mais en tout cas, petits écarts avec les pros!)

 

Effectivement, je réalise une transition rapide, départ vélo hyper frais, essoufflement 0 !! Aucunes difficultés pour suivre le train des jeunes, d’ailleurs, je me dis que ça démarre gentiment et qu’ils sont sympa avec moi : 240-250 watts pas plus ! C’est cool, tour de la ville, puis arrivée sur la Queen-K, là je m’attends à voir les 30 motos d’arbitre sur le bord comme en 2014, et puis rien, pas un arbitre sur zone, Oula !! Ca va devenir quoi cette affaire ?…

Les kilomètres passent, recherche de l’économie du geste maximale, 82 tr min, 240 watts assez stable, distance de 10m avec le vélo devant moi, bien sur ça bouge un peu , quelques costauds rentrent de l’arrière, je jette à chaque fois un coup d’oeil aux catégories (numéro de plaque vélo), et rien que des 25-40 ans !! Je sais que j’ai bien nagé, et que dans les 50 ans, généralement je suis devant en natation alors pas d’erreurs, train stable pas d’acoups, une petite danseuse de temps en temps pour eviter de me raidir des fessiers…Le début est facile, le vent est quasi nul de l’arrière, et au 40eme km,ça y est on commence à toucher du vent de nord est de plus en plus fort (sans doute 20 nœuds au max souvent bien de face), Thomas Marin ressurgit à mes cotés, on échange quelques mots, ma zone ischions (tendons rattachant les ischios au bassin) devient rapidement douloureux, et de fait ma puissance commence à être difficile à tenir, je me glisse derrière Thomas à distance espérant passer ce mauvais moment le mieux possible.

C’est à cet instant qu’un paquet compact de 7-8 coureurs me rattrapent, ils roulent roues dans roues, j’y reconnais le fameux Bent Anderson, multiple vainqueur ici dans divers catégories, il est dans la mienne cette année encore, leur fonctionnement a l’air bien huilé, ça se relaye tranquillement, chacun participe au petit jeu, j’essaie de rester à distance du groupe, je suis obligé de tenir un 280 watts pour rester dans le coup, je lâche rapidement (je crois savoir que Bent est plutôt moins rouleur que moi…), à ce moment, je me doute que je ne le reverrais pas.

Au 75ème kilomètre, même si la gêne est là , je suis encore dans le coup, mes watts me le disent, je suis oujours sur 240 w moyen, c’est assez haut, curieusement, j’ai perdu beaucoup de places malgré tout, et là bim, le coup dur, boyau à plat brutalement, la valve semble t-il qui a pété, boyaux mal collé, bref, je me dis que ce sera 3-4′ de perdue, c’est moche mais ça reste un petit soucis, je fais vite et bien, je monte sur mon vélo et là, un paquet de 100-150 vélos sans doute me double dans un bruit assourdissant a 60 kmh. Je repas un peu dépité en les voyant s’éloigner irrémédiablement, la aussi, impossible à tenir sur mes valeurs cibles !!!

Alors, je me dis que la course n’est pas fini, j’avais le souvenir en 2014 d’avoir vu 60 gars dans une pénalty box en 2014 !, alors, je crois que ça peut cartonner dur et la course se relancer à un moment donné.

Passage à Hawi, 95eme kms, grimpette réalisée proprement sur le 44 assis en position aéro , j’ai repris qqs places à cette occasion, je reste positif, je suis ceci dit sans doute 200 places derrière ma sortie de l’eau !!!

Passage devant la pénalty box, j’y vois 5-6 coureurs, et là je comprends que l’édition 2016 va être totalement tronqué par le phénomène « Drafting » ou finalement l’esprit malheureusement d’un grand nombre, c’est « Pas vu, pas pris » !!!

Après la descente, (110eme) mes douleurs s’amplifient, je suis en souffrance, chaque coup de pédale est une calamité, je vois bien que ma pression sur les pédales diminue fortement, je suis constamment doublé par des athlètes soit seuls soit en petits groupes, je ne dirais pas que le drafting est épouvantable à ce niveau de la course, il aurait suffi d’une petite présence « policière » et c’était réglé,malheureusement les arbitres même lorsqu’ils sont présents sont totalement inactifs , inutiles !

Le retour se fera intégralement vent de face (110-180), autant dire que pour moi qui souffre, c’est une horreur, je me prends systématiquement 5 kmh par tout le monde totalement incapable de suivre l’allure et d’exercer un peu de pression sur les pédales…Au 150eme km , je descends de vélo, pour voir si mes freins ne sont pas en train de toucher la roue arrière, ce n’est pas le cas, je repars, déjà convaincu que cette édition sera pour moi, aller chercher l’arrivée et rien d’autre…

Arrivée 180eme kilomètre, (5h28 de vélo contre 4h57 en 2013, et 5h08 en 2014) je suis cuit mais pas plus qu’en 2013 ou 2014, le seul truc, c’est que l’esprit de guerrier que j’avais le matin n’est plus là du tout , je n’ai pris aucun plaisir en vélo si ce n’est sur 50 kms environ, et je ne suis pas quelqu’un qui fait des courses pour les finir, mais pour les maîtriser, et jouer avec mes adversaires, là, c’est tellement la débandade… !

Alors, je me restaure un peu au parc, me rafraîchis bien (5′ de transition, je ne suis plus à ça prêt) et je pars tranquillement, je me sens vaseux, ça fait un moment déjà que je n’arrive pas à me décider à manger qq chose, alors, ce sera coca-eau et glace dans la casquette, rapidement, je marche, l’envie d’arrêter me traverse l’esprit constamment, je repars, puis marche etc, c’est épouvantable, même la marche est désagréable, c’est comme une humiliation d’en être réduit à ça, au 10eme kms, je me sens bizarre, un peu d’étourdissements, je me tiens aux tables de ravitaillement, toujours vaseux, rien ne passe bien, je fais une pose au véhicule ambulance, prise de pouls tension (dans mon fort interieur ai je envie qu’ils m’interdisent de repartir??).

Bilan, tout va bien, j’avais l’impression de faire de la tachycardie, il n’en est rien ! Alors, je recours un peu, et ainsi de suite, je marche, je m’arrête, puis la cote de Kailua, je n’essaye même pas de trottiner, sur le coté, une locale tient une pancarte : « Finishing your Race is the only Fucking Option »… Putain, oui, je lui dit que c’est bien ce qu’elle fait pour nous, et j’attaque la deuxième boucle d’énergie Lab, ça va être un calvaire mais il faut finir, je repense a 2014, et mon envie forte déjà de ne pas le finir à cette époque…..Par contre, il va falloir se remettre à courir, pas question d’y passer 6 ou 7h !!

Petit moment sympa de discute avec un canadien et un américain qui marchent avec moi, je leur propose le deal suivant, on repart en courant ensemble, on se motive pour ne pas marcher autrement que sur les ravitos….Ca fonctionne, on redémarre ensemble à petite allure, 3 ravitos passent comme ça et ce sera moi qui va craquer, je leur dis « go without me, please !! »…

 

 

 

La route est encore longue, et puis pour finir, il reste deux kilomètres, je décide de courir, ça fait mal, le coeur n’y est plus depuis si longtemps….Ligne d’arrivée, enfin, je suis finalement pas si mal, mais 10′ après, me voilà a vomir sur la plage derrière, vomir que du liquide et en grosse quantité, je sentais bien que ça ne passait plus, 30′ apres je remets ça !! Decidemment, je ne goûterais jamais aux ravitaillements d’après course sur les Ironman !!

En conclusion, je pense avoir bien géré mon entraînement final, j’ai recherché la fraîcheur maximale avant la course donc une dernière semaine très light (comme je le fais a chaque course longue) avec des tout petits rappels jusqu’au mercredi histoire de conserver un peu de tonicité, mais bien sur rien d’énorme,,,,Pour tout dire, mes sensations en natation et vélo étaient tellement confortable que je sais que j’avais cette fraîcheur, pour mon cas , il est rare que je ne sois pas essoufflé à la sortie de l’eau et là c’était le cas !

Bien sur, lorsque les soucis physiques apparaissent, que les minutes et les places se perdent irrémédiablement, là, le moral s’effrite et il devient quasi impossible de se rentrer dedans pour sauver un pauvre marathon de toutes façons laborieux…Dans ce cas, comme je le dis toujours, lorsque le physique n’est plus là, le mental devient beaucoup moins solide…

Alors, c’est sur, la course hawaïenne n’a toujours pas voulu de moi, je suis plutôt cycliste et c’est là que j’ai subi donc non, c’est plus possible…..

Voilà, rien d’héroïque sur cette course, 240 watts de moyenne en vélo sur l’aller pour tomber a 200 watts au retour, dont 160 watts dans les 20 derniers kms, c’est à peu près mon allure d’échauffement !!

Je suis déçu, très déçu, car je suis convaincu que j’étais en forme, convaincu que dans une ambiance froide, je tapais une belle course sur cette journée (ces douleurs apparaissent toujours sur des courses chaudes à croire que la déshydratation joue un rôle primordial là dessus)

Je crois que l’Ironman, c’est fini pour moi, je ne me fais pas plaisir sur ce format, finalement, les courses les plus sympas sont les CLM par équipe sur sprint, CD voire Half en solo…..Alors, je crois que j’ai passé l’age de faire des courses qui sont finalement des contraintes, j’aime m’entraîner et entraîner les autres mais pas nécessairement me taper des heures de fous donc la logique voudrait que je reste sur des courses plus courtes et plus vivantes à l’avenir….

J’ai pris conscience une fois encore qu’être FINISHER sur un Ironman n’est pas forcément évident , ce n’est pas à la base ma philosophie ,l’important n’est pas de participer mais plutôt d’optimiser, mais sur ces courses, on est parfois contraint à l’accepter comme une finalité bis !!

En tout cas, merci à tous mes supporters de vos encouragements d’avant course, cela me touche à chaque fois beaucoup…..

OJ

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