Ironman d’Hambourg, Louis Audoin, 24 ans, 9h11’….


CR Ironman Hambourg  :

C’était l’objectif de l’année, la course qui me permettrait peut-être de me qualifier à Hawaï plus tôt que prévu… l’Ironman d’Hambourg le 29 Juillet 2018.

Et pourtant… quelques semaines avant le départ, les performances n’étaient pas au rendez-vous. Aucune motivation, aucune niaque dans les moments compliqués à l’entrainement comme en course. C’est un peu à l’image de mon abandon lors du Half du Galon d’or un mois plus tôt. Une baisse de régime qui ne met vraiment pas en confiance.

Cette grosse année de travail dans les 3 disciplines a laissé des traces, mais je veux absolument qu’elle aboutisse à quelque chose. Quelque chose de positif qui me donnera la volonté de continuer ce travail encore une année de plus avec les contraintes que ce sport implique, et qu’il impose aussi à tout mon entourage.

J-2

Bien arrivé à l’aéroport d’Hambourg où j’attends patiemment mon vélo devant le tapis roulant en croisant les doigts pour qu’il ne lui soit rien arrivé… Pour faire passer le temps, je fais défiler mon fil d’actualités facebook… Ironman Germany : « SWIM CANCELED »… HEIN ?! Mais non … Qu’est-ce que je viens faire ici alors ?? J’essaye de comprendre le post grâce à la traduction douteuse du site mais ça chauffe là-haut. Une concentration anormalement élevée d’algues bleus dans l’eau, dangereuses pour la santé serait à l’origine de cette décision. Je repense alors à toutes les heures passées en bassin pour gagner seulement quelques minutes sur ces 3,8km que je ne ferai finalement pas… et qui seront remplacés par 6km de course à pied. Super. Je prendrai donc le départ d’un Ironman au format Duathlon : 6km de course / 180 km de vélo et 42km de course… Je sais d’avance que l’arrivée de cette édition n’aura pas la même saveur qu’un Ironman traditionnel, mais finalement peu m’importe, je ne viens pas ici seulement pour finir !

Jour J

Réveil à 4h45, j’ai peu dormis, peut être 3h au total mais je me lève avec l’envie de faire une grosse journée. Flocons d’avoine, banane, graine de chia, smecta… What else ? Rien de nouveau mis à part le fait que je laisserais la combinaison de natation dans ma chambre d’hôtel ce matin.

J’arrive au parc relativement tôt, la météo est bonne. Dernières vérifications des sacs de transitions, j’essaye au passage de visualiser mes gestes de T1 et T2 qui seront pour moi une première dans cette ordre.

6km de course à pied :

Le rolling start natation est donc transformé en un rolling start course à pied avec des sas répartis par allure cible sur la première partie cap. Le premier sas en 4’00/km et le deuxième en 4’30/km… Moi qui avait prévu de partir légèrement en dessous de mon allure marathon afin d’arriver très frais pour le vélo (autour des 4’45/km), aucun de ces deux sas ne me convenaient ! Mais malheureusement cela préoccupait peu de monde, le tout venant s’engouffrait tête baissée dans le premier sas réservé selon moi à l’élite… J’imagine alors deux secondes le bazar que ça sera par la suite avec ces personnes qui, d’ordinaire, sont triés naturellement par une longue épreuve natation. Ma décision est prise, je pars premières lignes, derrière les pros.

Ça part vite, mais on fera les comptes à l’arrivée… Il y beaucoup de public sur cette large avenue d’Hambourg, l’ambiance est incroyable et seulement une poignée de coureurs devant moi. Tous les regards et encouragements sont portés uniquement sur la vague de 5 athlètes qui vient de s’élancer, une situation généralement réservé aux athlètes professionnels : c’est un grand moment dans ce sport pour moi et une vision que je n’oublierai pas.

La première partie course est bouclée autour des 4’38/km de moyenne sans trop de difficultés… heureusement, et je prends mon vélo pour enfin rentrer dans le vif du sujet.

 

180 km de vélo :

Je sens dès les premiers coups de pédales que c’est un bon jour… j’espère ne pas me tromper mais les jambes répondent bien, trop même… je suis à 275W et 42 de moyenne sur les premiers km « CALM DOWN » je sors de la ville et l’ambiance est de suite bien moins folle, retour à la réalité, il reste 5h de vélo sur des longues lignes droites interminables et ces petites folies pourraient me couter cher. Je me cale en position sur mes allures cibles mais je sens que c’est un bon jour et que je peux permettre de tenter un poil plus… Les 230W prévus initialement tournent autour des 245W. Peu de personnes me doublent et je double peu de personne… J’ai des fois l’impression d’être seul sur cette aller/retour vélo de 45km à effectuer deux fois. Les routes sont de bonne qualité et le rendement est excellent, ma moyenne tourne autour des 38,5km/h. Je fais le travail mais l’ennui se fait sentir… Je regarde le paysage qui n’a pas énormément d’intérêt… C’est mignon oui mais c’est tout… Il y a beaucoup de champs d’éoliennes qui sont à l’arrêt. C’est surement un bon jour pour les cyclistes !

Enfin c’était un bon jour… sur le retour de la première boucle je croise les athlètes parti derrière moi qui j’ai l’impression sont en peine. Ils ont en effet le vent dans la tronche car j’ai environ 42km/h à mon compteur pour une puissance plutôt stable. Les éoliennes se mettent à tourner de plus en plus vite et j’ai le sentiment que la deuxième boucle va être beaucoup moins drôle. Je me rends en tout cas compte des dégâts du rolling start course à pied sur ce long retour. En face de moi à contre sens, des paquets entier de coureurs pour lutter contre le vent, ensemble… C’est beau l’esprit d’équipe ! Mais dans ces conditions c’est normalement interdit messieurs…

Je suis vraiment rassuré d’avoir fait le choix de me débarrasser de cela en début de journée. J’aurais surement perdu une énergie folle à essayer d’éviter tous ces pelotons afin de ne pas être pénaliser par les arbitres. Je retourne vers Hambourg pour finir cette première boucle, un peu dégoûté de voir les penalty box désertes…

Grosse ambiance dans le centre-ville au 90ème km, j’ai environ 38,5 de moyenne au compteur mais les jambes commencent à fatiguer légèrement. J’essaye de trouver dans la foule ma famille et Marie-lou qui ont fait le déplacement, pour avoir une idée de mon classement dans ma catégorie. Je les aperçois mais c’est un bordel monstrueux… Je n’entends rien… et décide de filer vers la deuxième boucle seul… ou presque ! Je me rends compte au demi-tour qu’un petit groupe de 2-3 athlètes me suivent mais sont plutôt réglo dans les distances réglementaires. La sortie de ville raisonne comme le vide et les 45 prochains km face au vent risquent d’être très compliqués à gérer.

J’essaye d’être à l’écoute de chaque douleurs pour éviter que celle-ci s’aggravent et deviennent pénalisantes… étirements, massages, et relance en danseuse pour chaque demi-tours ! Je me répète en boucle dans ma tête les raisons de ma présence ici : « Hawaï-plaisir-hawaï-plaisir-hawaï-plaisir… »

Le groupe d’athlète me double, je regarde mon compteur… En effet petit coup de mou au 105ème km où ma puissance diminue autour des 220W et je suis à 32km/h face au vent. Outch, j’espérai faire plus de 36 de moyenne mais si mon état s’aggrave, je ne serai surement pas dans l’objectif… Je ne tiendrai peut être pas une boucle de plus dans la solitude, d’autant plus si le vent se levé. Je décide donc de m’accrocher aux 2 athlètes restant qui semblaient être plutôt costauds, tout en gardant les 12m réglementaires bien sûr. Quelques km passent et je ne pense qu’à une chose : tenir ces gars jusqu’à la fin.

L’ordre de notre petit groupe de 3 a pas mal changé durant ce deuxième aller vent de face mais un petit jeux de relais (toujours réglementaires) nous a permis de nous tirer vers le haut jusqu’au 140ème km, une course dans la course qui reste bienveillante au vu des quelques mots échangés à chaque relais « Be strong ! », « Good work »…

Vient enfin le deuxième et dernier retour, avec en grande partie vent de dos, c’est un peu la lumière au bout du tunnel. Un gars du groupe est parti devant et l’autre a craqué… Je me retrouve seul, pour changer, personne à 500m derrière, personne à 500m devant… AH SI ! En face, à contre-sens c’est bien pire que le début de course…. Des véritables pelotons de 20 à 30 athlètes qui ne semblent même pas faire l’effort… J’essaye de rester calme mais je croise les doigts pour que les mecs de ma catégorie soient réglos car je n’ai vu aucun jeune autour de moi de toute cette longue partie vélo.

J’arrive au parc à vélo en relativement bon état, 37km/h et 235W de moyenne pour ces 180km en 4h48, j’ai un peu lâché sur cette deuxième boucle mais le contrat est rempli avec un beau PR à la clé… A ce moment-là de la course je n’ai aucune indications sur les autres athlètes mais je pense être 2 ou 3ème de la catégorie. Je rentre dans cet immense parc, long de 700m… Je pose le vélo et déchausse pour effectuer le trajet en trottinant pieds nus… Une bénévole m’arrête et me crie dessus en Allemand… J’ai l’impression qu’elle me demande de remettre mes chaussures de vélo pour retrouver la tente de transition. « Mais c’est qui elle ?! » «  Est-ce qu’elle sait ce que ça fait juste de marcher avec des cales au pied ? » « Je vais vraiment faire 700m en courant avec des chaussures de vélo parce qu’une dame qui n’a en rien l’air d’un arbitre m’a demandé de le faire ? » J’étais persuadé d’avoir effectué un beau travail jusqu’à lors, je n’ai pas pris le risque de ne pas m’exécuter… Mais ça fait mal… une transition c’est généralement difficile mais là c’est un cran au-dessus. Je vois mon frère et Marie-lou sur le trajet, je leur demande combien je suis. Ils me répondent 9ème… 9ème ?!?! On est 35 dans la catégorie et je suis 9ème ?! Ok, j’avais repéré 1 ou 2 clients dans la startlist, on est dans le fief du triathlon longue distance et je savais que les allemands aller être costauds mais 9ème ça fait mal à la gueule vu le vélo que je viens de sortir. Il n’y a qu’un slot dans la catégorie et mon frère me dit qu’il est inutile de penser remonter jusqu’à la première place, un podium est cependant possible à 25min devant… Outch… Il va falloir trouver la motivation pour continuer cette course-là. 3 choses pouvaient me rendre heureux à l’arrivée par ordre de priorité : Un slot pour Hawaï, un podium ou dans le pire des cas un Sub10, équivalent ici à environ 9h20.

 

Marathon :

Je mange une petite crêpe Bretonne préparée la veille par ma chérie et part sur ces 4 boucles de 10,5km qui forment le marathon. Sans trop d’espoir, j’attaque la première boucle sur une allure légèrement plus soutenue que prévue (4’52/km) au cas où ça pète devant moi… Mais ça court fort devant et le classement ne bouge pas, je reviens sur une allure plus cool pour la deuxième boucle (5’10) car ça commence à tirer dans les jambes… Je croise Tim Don à plusieurs reprises et aux mêmes endroits sur ce parcours en aller/retour. Je pense que c’est cuit pour lui vu la petite allure à laquelle il court (c’est à dire la mienne), mais cette source d’inspiration en termes de motivation pour moi ne lâche visiblement rien… J’avais échangé quelques mots avec lui la veille dans le parc à vélo, « Tim, you’re a legend, have a good race tomorrow and good luck from France »… je l’admire vraiment.

Alors si un mec qui s’est fracturé la nuque il y a 10 mois peux continuer, je peux continuer aussi.

Mais ça ne lâche pas devant et dans ma tête ça tourne dans tous les sens… J’ai bientôt fini la 3ème boucle et je vais normalement remplir le contrat des 9h20. Les jambes sont raides, les maux de ventre me rappellent à l’ordre… Si je veux m’assurer de finir à l’heure et en bon état il faut que je ralentisse et que je prenne le temps aux ravitos, que je prenne le temps de profiter de ce moment : je n’ai plus rien à gagner mais je peux perdre beaucoup. La ligne d’arrivée approche, il est 9h10 à ma montre, je marche, et je profite… Je prends le temps de m’arrêter pour remercier ma famille qui a fait le déplacement et embrasser ma chérie à qui j’impose un rythme infernal tous les jours de l’année pour gagner quelques minutes sur une course. Les larmes montent, j’ai gagné 3h par rapport à l’Ironman de Zurich l’année dernière mais combien j’en ai passé à l’entrainement ?

 

Les semaines précédant cette Ironman ont été compliquées à gérer car source de questionnements et de remises en questions. Ce rythme de vie est fatiguant, plein de compromis et de privations pour moi et pour mon entourage… Est-ce que cela vaut vraiment le coup ? Après tout, je ne suis qu’un sportif amateur sans palmarès et m’impose pourtant des frais et des volumes d’entrainement proche du très haut niveau.

Ce qui est certain, c’est qu’avec un 9h11 à l’arrivée (équivalent selon moi à 9h40 sur un Ironman traditionnel), il n’est pas déconnant de prétendre à une qualification dans ma catégorie 18-24 ans au vu des différents slots cette année sur des parcours relativement similaires (exemple de Frankfort 10h05…).

RDV donc, l’année prochaine pour une nouvelle course qui sera j’espère synonyme de petite victoire !