CR XL de Vitoria Gasteiz par Dominique Blanchet


Voici le CR de course de Dominique Blanchet sur le XL de Vitoria Gasteiz le 8 juillet dernier:

Le 9 juillet dernier, nous étions 3 membres du club à prendre le départ du Full à Vitoria Gasteiz au pays basque espagnol. Pour un premier, c’était vraiment un bon choix, l’ambiance côté spectateur était au rendez-vous ! (enfin, pas au goût de Jean Yves qui trouvait les spectateurs trop bruyants).

 

On prend le départ à 9h, c’est tard vue la chaleur qui nous attend. Le début de la natation est comme sur un half, ça bouillonne de partout. Je prends des coups. Je gère et patiente en attendant le 2ème tour. Pour ceux qui tentent de me marcher dessus, je bats des pieds, et leur rend la pareille ! Sortie à l’australienne, 1er tour en 35′, suis contente, je garde le même rythme sur le 2ème tour, je me sens bien. Le 2ème tour est un plaisir, je peux nager comme j’aime. Finalement je sors de l’eau sans être fatiguée, ça commence bien.

Je fais la transition à mon rythme, surtout je me concentre pour ne rien oublier, pas comme à Lacanau où j’ai oublié mon dossard ! Je me dirige vers le vélo, mes supporters sont là tous les quatre : Angela, Alexia, Fifi et Nico. Ils sortent leur belle banderole « allez domi », ça fait chaud au cœur de les voir. Ils ont fait le trajet à Vitoria exprès pour m’encourager, c’est formidable.

Je monte confiante sur le vélo. C’est parti pour 3 tours. Je pensais le parcours vallonné. Il y a quand même 900m de D+. Mais les km défilent, avec de bonnes sensations. Évidemment, je me fait doubler sans arrêt, j’ai l’habitude ! Je reste sur mon objectif : 28 de moyenne en pensant que (comme d’habitude!) j’en doublerai quelques-uns à la course à pied. Je croise Patrice : il est seulement à 1 kilomètre derrière moi. C’est cool, il a fait une bonne natation (bon, en fait, oui et il roulait plus fort que moi à 32!). J’arrive au kilomètre 60, à la recherche de la zone ravito perso, je vois Alexia, qui me dit qu’elle n’a rien car le ravito perso est à la penality box 2 ou 3 kilomètres plus loin. Là je panique, mais reste confiante, Fifi y sera, je prends une petite gourde d’eau qu’un bénévole me tend, on sait jamais …  J’arrive à la box, pas de Fifi. Je panique, comment vais-je faire pour rouler 73 km sans apport ? Je repars agacée, mais il faut trouver une solution… La seule est de prendre de l’eau au prochain ravito dans 25 km et de manger ce qu’il y aura. Le powerade et l’aquarius, ça défonce le ventre. Il me reste quelques noix de cajou, mais c’est pas assez. Je vais le payer ce problème de ravito … mais quand ? Au kilomètre 85, on me tend des gels (bah… comment font les autres pour bouffer ça ?), je prends une banane : ça me fera patienter jusqu’au prochain tour. Les sensations restent bonnes sur le vélo, c’est chouette. J’oublie le problème de ravito. Au loin, je vois un casque rouge et une tenue bleue que je connais bien. Pourquoi je me rapproche aussi vite ? Non, c’est pas moi qui vais trop vite, je roule pareil. J’arrive à la hauteur de Patrice, il me dit qu’il a roulé trop fort au début, donc il ralentit un peu. On n’a pas vraiment le droit de rester côte à côte, je file devant. Finalement, on est resté assez rapproché jusqu’au 3ème tour de course à pied. J’arrive au kilomètre 120, certaine que Fifi et Alexia seront au ravito perso. Yes, je les vois ! La délivrance : je prends mes deux gourdes de boisson d’effort ergysport, mon blinis et mes compotes et c’est parti pour le dernier tour : il reste 60 km. Je finis le vélo correctement, un peu marre après 150 km, surtout que le cuissard me fait des échauffements d’enfer (je découvrirai à l’arrivée l’ampleur des dégâts, c’est moche).

A l’arrivée de vélo, je vois ma team de supporters : « allez domi » ouais !! je laisse mon vélo à une bénévole avec le plus grand sourire. Mes 4 supporters hurlent. J’aperçois aussi Greg avec qui j’ai pris de cours de natation cet hiver. Quelle surprise ! J’ai la banane. Je mets un peu de temps à me changer : j’ai pas pris l’option trifonction, un peu de Nok dans les chaussettes et c’est parti pour 42 km de course à pied. J’entends encore « allez domi » : ouais, merci, je souris ! Je passe la place d’Espagne pour la 1ère fois. Une vraie folie. J’ai jamais vu ça sur une compétition. Les encouragements sont dingues, il y a une ambiance d’enfer. Mon rythme cardiaque a du mal à descendre, je cours à 11, ça va trop vite, je ralentis. Je croise Jean Yves : il a pas l’air bien … Mais après tout, c’est pour tout le monde pareil. Les 5 premiers km se passent correctement, mais soudainement, c’est le coup de bambou, j’ai des poteaux à la place des jambes. Je savais qu’il arriverait ce coup de barre. Il est là, je fais quoi ? J’ai puisé dans les réserves de glycogène trop tôt sur le vélo à cause du problème de ravito, il fallait pas rêver de faire 73 km/180 avec de l’eau … Il va être long ce marathon … Heureusement, les supporters sont là. Fifi et Alexia sont sur un passage où on revient trois fois de suite, interminable ce détour.

Je finis le 2ème tour tant bien que mal, à chaque fois revigorée par les encouragements des gens : place d’Espagne, c’est du délire, dans les parcs aussi, mêmes les mamies sont déchainées ! Avec Patrice on se croise souvent. C’est chouette. Il est à peu près dans le même état que moi (d’une certaine façon, c’est rassurant!). Le 3ème tour est interminable. J’ai des crampes dès le 23ème km, les orteils qui se tordent tous seuls… Un platane m’aide à redresser tout ça. Même en trail après 80 kilomètres en montagne, j’ai jamais eu ces sensations. J’arrive au passage de l’université : Fifi me passe un blinis à la châtaigne, en dehors du ravito officiel. Un arbitre le voit et m’arrête : il me parle en espagnol, bien-sur j’y comprends rien et lui répond en anglais : it’s finish ? (en fait, ça me soulagerait bien !). Mais non, il me demande juste de mettre le ravito perso à la poubelle. Zut ! Je lui tape dans la main et repars, quand même contente. J’étudie mon état. En fait, j’aurai du prendre mes sticks de boisson perso ergysport pour pouvoir gérer en fonction de mon état. Qu’est ce que je peux faire ? Au ravito suivant, je tente la boisson d’effort infinisport. Je sais que c’est chimique, mais bon, je tente. Miracle ! ça passe. Après je tente du coca : oups … mauvaise pioche ! Mon ventre me rappelle qu’il n’aime pas du tout. Patrice me double à la fin du 3ème tour. J’essaie de le suivre. Impossible, mon cardio n’est pas élevé, mais les jambes ne veulent pas. C’est pas grave, je suis super contente pour lui, il va le finir et bien en plus ! Le 4ème tour arrive. Ce sera le dernier, enfin le bracelet rose de la fin. J’alterne marche-course, c’est trop dur. J’arriverai quand j’arriverai. Un concurrent espagnol qui me double et que je double depuis plusieurs fois m’encourage en espagnol. J’y comprends rien et je lui réponds en français à chaque fois. On sourit ! Je fais ce que je peux. La pluie arrive. Enfin la place d’Espagne, la délivrance, les larmes montent à l’arrivée quand je passe l’arche en 12h52. Patrice et Jean Yves sont là. Je les sers dans mes bras. Enfin !

Je râle à l’arrivée, à quoi ça sert de courir un marathon en 5h dans la souffrance ? Faut vraiment être débile ! Surtout avec 6 mois de préparation au préalable. On ne m’y reprendra pas ! C’est plus beau dans les montagnes. Bon, ça c’est sur le coup… il faut maintenant digérer, comprendre pourquoi la course à pied ne s’est pas passée comme prévu.

Finalement, j’ai bouclé ce premier triathlon XL en 12h52 (38ème femme/55). Natation 3800m en 1h14 (2ème/16 dans ma catégorie, merci Nathalie pour les cours de natation), Vélo 180km en 6h21, CAP en 5h07 (là c’est tout pourri!). Tout ça avec une préparation sur 31 semaines (170km natation, 5300 km de vélo et 700km de cap).

C’est une sacrée épreuve. Je ne l’imaginais pas comme ça. Cela n’a rien à voir avec les deux ultra-trails que j’ai pu faire. Je ne dirais pas que le trail est plus ou moins dur : ça n’a rien à voir…

Je remercie Patrice pour ce formidable cadeau empoisonné, mes vaillants supporters d’être venus, je remercie tous ceux qui m’ont envoyé des messages d’encouragements, mon fiston Rodrigue d’avoir été patient avec sa maman pendant qu’elle allait s’entrainer. J’ai passé de très bons moments avec Patrice et Jean Yves sur les entrainements. Ça marque une vie ce genre d’épreuve…