Ironman de Roth 2017, Compte rendu de Fabien Millasseau…


CR IronMan Roth (Challenge)

 

Pour changer les habitudes, je commencerai par remercier ma femme et mes enfants qui, sans leur soutien quotidien durant les 8 mois de préparation, rien ne serait possible ! De pouvoir s’entrainer sans avoir à se soucier d’autre chose est vraiment très appréciable alors encore un énorme MERCI !

Bon maintenant que ça, c’est fait, chérie, tu peux reprendre les tâches quotidiennes 😊 !

Après mon 1er IronMan d’Hourtin (Frenchman) l’année dernière bouclé en 11h30, j’ai tout de suite souhaité en refaire un (ne me demandez pas pourquoi) car je pense qu’on est simplement un peu fou mais on aime ça.

J’étais prêt à refaire le FrenchMan mais en discutant avec plusieurs personnes dont Yoann Richard qui venait de faire une course magnifique à Roth, je commençais à avoir envie de ce Challenge sans non plus être prêt à m’inscrire…

Plusieurs jours passent et la veille de l’inscription vers 22h (j’étais au lit), Yoann m’envoie un SMS en me disant : « si tu veux faire Roth, les inscriptions c’est demain et je te conseille d’être devant ton ordi dès l’ouverture des inscriptions… ». J’en parle donc directement à ma femme à proximité de moi dans le lit, qui me dit directement « Vas-y si ça te fait plaisir ». Dès le lendemain matin, j’étais à 9h55 devant mon ordinateur et je pense avoir battu le record du monde de « clics » sur ma souris en 5 minutes.

Les 3 500 inscriptions se sont faites en moins de 5 minutes, dont la mienne !!!

A partir de ce moment, les choses changent, le conditionnement mental prend sa place et se prépare pour une longue période d’entrainement où la force mentale est la clef de ces rendez-vous quotidiens.

Mon objectif était de passer sous les 11h mais j’avais aussi un objectif secret à 10h30 (chut ! n’en parlez pas). Pour se faire, je décide de faire appel aux services d’Olivier Journaux, de profiter de ses conseils et de son expérience (assez importante vu son âge 😊). Nous commençons donc dès le mois de novembre avec des séances d’observations qui ont permises à Olivier d’orienter ses entrainements et de me corriger techniquement.

Après environ 8 mois d’entrainements dont 2 stages, un à Calella (Espagne) et un à La Roche sur Yon, 210km de natation, 6 200 km de vélo et 1 050km de CAP, me voilà prêt à partir !

Nous décidons avec ma femme de partir en voiture 3 jours avant la course, nous sommes logés à 10km de Roth, parfait !

Nous partons au village récupérer mon dossard, mes sacs et toutes les informations possibles car je ne vous cache pas que nous étions impressionnés et un peu perdus au vu de l’ampleur de cette compétition dans la ville.

Tout se passe très bien, les informations sont très claires, les bénévoles au top. Nous faisons un repérage de la zone natation, une petite baignade avec les enfants pour prendre la température et nous sommes donc prêts.

Les premiers départs sont à 6h30 avec des vagues de 200 participants toutes les 5 minutes. Mon départ est prévu à 7h25. Nous arrivons à 5h45 pour profiter du spectacle incroyable (montgolfières, coup de canon à chaque départ, spectateurs tout le long de la natation, ambiance de dingue..) Bref, j’embrasse ma famille et je rentre dans le parc à vélo préparer mon vélo que nous avions déposé la veille.

Je commence par gonfler mes pneus que j’avais dégonflé la veille au vu de la chaleur, je continue en attachant mes barres sur le cadre et au bout d’environ 10 minutes je me relève rapidement et là « craque », je suis bloqué, je ne peux plus me déplier, mon dos est coincé et me fait un mal de chien… Je prends mon temps et me déroule tout doucement mais la douleur est forte et s’amplifie dès que je marche. A ce moment, je commence à paniquer et à penser à abandonner sans même avoir commencé. Je suis dégouté et très triste, j’essaye de voir ma femme et mes enfants mais impossible, trop de monde. Je décide donc de marcher, de m’étirer mais la douleur est bien présente. Je me dis que je devrais pouvoir nager et faire une partie du vélo suivant la douleur, donc je mets ma combinaison tant bien que mal et m’avance au départ avec la tête anxieuse.

Coup de canon, c’est parti !

Je commence assez fort sur les 100 premiers mètres. Je n’ai aucune douleur au dos et ça me soulage tout en pensant à la sortie de l’eau. Je vois rapidement que je ne suis pas trop embêté même si je me fais un peu décaler sur la droite ce qui me vaudra un virage à la première bouée un peu trop large et donc 100m de plus au final mais rien de bien méchant.

J’en finis avec cette partie, il me reste 3, 4 passages de bras et je me relève… La douleur est toujours là donc je marche jusqu’à mon sac, je me change doucement en faisant attention à ne pas amplifier la douleur même si le mal est fait.

Je pars pour la petite balade de 180km avec ses 2000 mètres de dénivelés cumulés…

Je regarde tout de suite si la position ne me fait pas mal et ça roule ! J’essaye de m’étirer en faisant le dos rond, et ça me fait du bien. La première boucle passe très bien hormis dans les montées où le fait d’appuyer sur les pédales me rappelle à l’ordre immédiatement dans le bas du dos, mais ça ne m’a pas empêché de profiter un max sur la première boucle du parcours et surtout sur cette montée légendaire du Solar berg où des milliers de spectateurs s’ouvrent devant moi tout au long de ma progression ! C’est impressionnant, j’en avais des frissons et les larmes aux yeux. Les sensations sont bonnes et je me dis que si je veux essayer de mettre un pied devant l’autre sur la CAP, je dois préserver mon dos donc je lève un peu le pied sur la deuxième boucle. Je pense perdre entre 10 et 15 min mais la gestion de course est plus importante si je veux finir.

J’arrive enfin sur la fin du parcours vélo sans être réellement entamé mais avec une crainte que ma course s’arrête ici.

La descente du vélo est difficile car le fait de passer la jambe par-dessus la selle me lance (« Ca le laannccceeeee ») directement en bas du dos… Bof Bof Bof…

Je prends mon temps, je mets mes chaussures et je marche jusqu’au départ de CAP. Je commence à courir et chaque pas me résonne dans le dos. Je ne me vois absolument pas faire 42km comme ça… Ma femme et mes enfants sont à 500 mètres après le départ CAP, j’en profite pour m’arrêter et leur faire un petit bisou à chacun bien sûr. Je les préviens que je n’irai sûrement pas au bout à cause de ma blessure au dos (je ne vous raconte pas leur tête:/).

Je repars en trottinant et au bout d’1 km environ, la douleur s’estompe et même disparaît !!! Le nœud que j’avais dans le ventre disparait également et je suis heureux, à tel point que je cours sans difficulté à 14km/h sur les premiers Km (pas longtemps, je vous rassure….). Je me dis : « Profite de ce moment pour engloutir les Km » et j’imprime un bon rythme tout en me forçant à faire 4/5 pas à chaque ravito avec systématiquement 3 éponges (pour ma tête, mon coup et une que je mettais dans ma trifonction), un verre de coca, une gorgée d’eau, 2 pas, un petit rototo et c’est reparti… Ce rituel était très important pour moi et m’a permis de garder un rythme respectable tout au long de la course. A partir du 19km, mes jambes commencent à devenir dures, mon rythme baisse légèrement, j’ai donc à partir de ce moment-là commencé à me motiver, à chasser toutes les idées noires et surtout à relancer ma course à chaque moment où le cycle moral devenait plus difficile. Ayant déjà fait un IronMan, je savais que ces passages difficiles partaient et revenaient et qu’il fallait faire avec, j’ai donc fait avec sans leur laisser le moindre espace.

J’entre ici dans les 6 derniers Km et courant bien, je vois que je suis dans mon objectif sur moins de 11h mais pas sur mon secret. Je suis heureux, j’arrive sur le dernier Km, je cours très bien. Je vois mes enfants sur le tapis rouge qui m’attendent pour faire les 300 derniers mètres avec moi, je tends mes mains et nous passons la finish line ensemble en 10h47 !

Beaucoup d’émotions m’ont envahies quelques minutes après mon arrivée car cette course est grandiose, un public de fou, + de 7000 bénévoles et ça a été un combat physique bien sûr mais surtout un combat mental depuis 6h du matin quand je me suis blessé et sur chaque épreuve, je pensais que je n’irais pas au bout…

En résumé : Prendre le temps de s’échauffer tranquillement (on vieillit…), ne pas se déplier trop vite surtout à 6h du mat, s’accrocher car rien n’est jamais fini !

Je vais quand même finir par des remerciements, à Yoann Richard qui m’a motivé pour l’inscription, à tous les copains avec qui nous avons partagé quelques heures d’entrainements, au club de La Rochelle pour tous les créneaux d’entrainements dont nous disposons et pour leurs conseils, et bien sûr un grand merci à Olivier Journaux qui m’a accompagné personnellement pendant 8 mois, qui m’a fait progresser, qui m’a apporté son expérience et qui m’a emmené jusqu’ici.